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Pourquoi le cyclisme est-il devenu un levier de valorisation d’image pour les marques et les coureurs ?

Cyclisme Sponsoring Comet Expertise

Par Pierre Le Gal, référent du pôle Sport & Carrières

Le cyclisme est devenu un levier de valorisation d’image parce qu’il réunit trois atouts que peu de sports cumulent : une audience massive et en hausse (45,6 millions de Français ont regardé le Tour de France 2026, un record), un public que les annonceurs jugent premium et réceptif, et une visibilité garantie pour le sponsor-titre, qui donne son nom à l’équipe. Selon SportFive, les investissements de sponsoring dans le vélo ont progressé de 19 % en dix ans. Après les équipes et les grands événements, la prochaine source de valeur se trouve dans l’image personnelle des coureurs, ce qui soulève de vraies questions juridiques et fiscales.

1. Pourquoi les marques investissent-elles de plus en plus dans le sponsoring cycliste ?

Parce que le cyclisme offre une qualité d’audience et une exposition que peu de disciplines réunissent. Il y a dix ans, sponsoriser une équipe cycliste relevait presque du mécénat discret, loin des projecteurs braqués sur le football ou le tennis. Ce temps est révolu.

Un marché du sponsoring cycliste en forte croissance

Selon SportFive Business Intelligence, les investissements dans le sponsoring cycliste ont progressé de 19 % en dix ans, avec une accélération de 26 % sur la seule année 2023. En France, l’agence a accompagné quatre partenariats majeurs autour d’événements cyclistes en dix-huit mois, contre un seul au cours des deux années précédentes. Les montants se comptent désormais en millions d’euros, à un niveau comparable aux contrats de sponsoring maillot des grands clubs de football.

Un public premium et réceptif aux marques

Les données de SportFive montrent un public particulièrement favorable aux partenaires :

Indicateur (fans de cyclisme)Chiffre
Jugent le sponsoring positif ou approprié68 % (2e sport sur 27 étudiés)
Retiennent mieux les sponsors qu’une publicité classique43 %
Se disent plus enclins à acheter les produits des sponsors37 %
Perçoivent ce sponsoring comme socialement responsable57 %
Appartiennent aux tranches de revenus les plus élevées43,2 %
Âge moyen / part d’hommes43,6 ans / 68 %

Ce public compte une nette surreprésentation de cadres dirigeants et de décideurs, avec une appétence marquée pour le luxe, les services financiers, le voyage, l’automobile et les télécommunications. Ce sont précisément les secteurs qui cherchent une audience solvable et engagée. Maxime Lebessou, directeur général adjoint de SportFive, compare d’ailleurs les opportunités de relations d’affaires (B2B) offertes par le cyclisme à celles du golf.

Une visibilité garantie pour le sponsor-titre

Contrairement au football, où un changement de sponsor maillot ne touche pas à l’identité du club, une équipe cycliste prend le nom de son sponsor-titre. Ce nom apparaît alors dans chaque classement, chaque commentaire et chaque article.

L’écosystème s’est étoffé en conséquence : le WorldTour 2026 compte 46 sponsors-titres et 516 partenaires au total, dont 193 équipementiers, 58 acteurs de la santé et du bien-être et 56 de la distribution et du e-commerce. Les équipementiers y trouvent aussi un banc d’essai grandeur nature. Shimano est partenaire de 14 des 32 équipes WorldTour et Women’s WorldTour étudiées, Garmin de 13 : leurs produits sont testés en course avant d’être vendus aux cyclistes amateurs, ce qui constitue la meilleure caution possible.

2. Comment Groupama et Cochonou valorisent-ils leur image grâce au cyclisme ?

Ces deux marques illustrent deux stratégies complémentaires : Groupama mise sur un engagement à plusieurs étages autour d’une équipe et de la course, Cochonou sur une activation continue de la caravane du Tour de France depuis près de trente ans.

Groupama : un retour sur investissement six fois supérieur à la voile

Sylvain Burel, directeur de la communication de Groupama, l’affirme sans détour : le cyclisme génère pour le groupe un retour sur investissement six fois supérieur à celui de la voile, discipline dans laquelle l’assureur était pourtant engagé depuis vingt ans aux côtés du skipper Franck Cammas. Ce chiffre explique la réorientation de ses moyens vers le peloton.

Une stratégie à plusieurs étages

  • L’équipe UCI WorldTour Groupama-FDJ United, dont Groupama est partenaire depuis 2018, avec un contrat prolongé jusqu’en 2027.
  • Le cyclisme amateur, via le programme « Ton club, ton maillot ».
  • Le grand public, avec des actions de sensibilisation à la pratique du vélo.
  • La nouveauté 2026 : Groupama devient partenaire officiel du Tour de France et du Tour de France Femmes avec Zwift pour trois ans, avec une présence dans la caravane publicitaire et sa mascotte Cerise.

Cette dernière brique change la nature de l’exposition. Elle ne dépend plus seulement des résultats sportifs de l’équipe, mais de la course elle-même : dans le cyclisme, la visibilité peut se construire bien au-delà du maillot.

Un pari de long terme sur une équipe en reconstruction

L’investissement accompagne une transformation profonde de l’équipe : passage de témoin de Marc Madiot à Thierry Cornec, nouvelle identité visuelle (le vert historique laisse place au bleu-blanc-rouge) et reconstruction sportive après les départs de leaders comme Thibaut Pinot et Arnaud Démare. La marque investit donc sur un temps long de refondation plutôt que sur une performance immédiate, une logique plus proche du capital-investissement que du sponsoring événementiel.

Depuis le retrait d’AG2R La Mondiale, Groupama est aussi la seule marque d’assurance présente dans l’élite mondiale du cyclisme. Sylvain Burel confie presque regretter cette concurrence, qui « avait créé une sorte d’émulation ». Commercialement, l’assureur occupe désormais seul l’espace de sa catégorie dans un sport en pleine ascension.

Cochonou : la preuve par la durée

La marque du groupe Aoste participe à la caravane publicitaire du Tour de France depuis 1997, avec ses 2CV aux couleurs Vichy devenues un rituel estival autant qu’un dispositif publicitaire. Pour Patrick Bompart, chef de groupe marketing chez Aoste, « la caravane est notre seule opération événementielle de l’année » : elle absorbe à elle seule la moitié du budget de communication annuel de la marque.

Quelques chiffres résument l’efficacité du dispositif :

  • 100 000 bobs Vichy distribués en 2025, devenus un objet collector au point d’être contrefaits ;
  • 500 000 sachets de mini-saucissons offerts chaque année le long du parcours ;
  • environ 25 % du chiffre d’affaires annuel réalisé pendant la période estivale.

Des études commandées par ASO placent Cochonou parmi les caravanes préférées du public depuis des années. Patrick Bompart résume ainsi le lien entre la marque et l’événement : « le Tour de France est populaire, typiquement français, c’est un emblème de la France, et la marque Cochonou, c’est exactement la même chose. » Près de trente ans de présence continue ont transformé un simple accessoire promotionnel en objet culte, transmis d’une génération de spectateurs à l’autre.

Sponsoring d’équipe ou activation d’événement : quelles différences ?

CritèreSponsoring d’équipe (ex. Groupama)Activation d’événement (ex. Cochonou)
SupportNom de l’équipe, maillot, coureursCaravane, objets distribués, présence sur le parcours
ExpositionLiée aux résultats et à la notoriété de l’équipeLiée à la course, indépendante des résultats sportifs
HorizonContrat pluriannuel adossé à un projet sportifFidélité sur plusieurs décennies
Levier principalVisibilité médiatique et relations d’affairesProximité avec le public et ancrage dans la culture populaire

Les deux approches se combinent d’ailleurs très bien, comme le montre Groupama, désormais présent sur les deux tableaux.

3. Quel a été le véritable effet de Netflix sur la médiatisation du cyclisme ?

La série Tour de France : Unchained a fait découvrir le peloton à un public international, mais elle n’a pas produit l’effet transformateur obtenu par la Formule 1, et Netflix l’a arrêtée après trois saisons.

Une série pensée sur le modèle de Drive to Survive

Lancée en 2023 sur le modèle de Formula 1 : Drive to Survive, la série voulait transformer la course en feuilleton humain, avec ses rivalités, ses coulisses et ses personnages, et l’exposer à des millions de foyers qui n’auraient jamais regardé une étape de montagne. Sa première saison a cumulé 36,1 millions d’heures de visionnage en 2023 : moins que la Formule 1 ou le golf sur la plateforme, mais davantage que le tennis. Elle a surtout permis au cyclisme de toucher un public international, au-delà du cercle des amateurs de la petite reine.

Un arrêt après trois saisons

En février 2025, Netflix a annoncé que la troisième saison serait la dernière. Les audiences ont déçu en France, pourtant le pays du Tour, et plusieurs coureurs, dont Wout van Aert, avaient critiqué un montage jugé trop orienté vers la dramatisation au détriment de la réalité de la course. Le cyclisme n’a donc pas connu son « moment Drive to Survive » à l’identique.

Une médiatisation qui ne dépend pas d’un seul programme

La visibilité du cyclisme repose sur un écosystème plus large : les réseaux sociaux des coureurs, des plateformes spécialisées comme GCN ou Zwift et une couverture éditoriale plus dense qu’il y a dix ans. Plus un sport est raconté, plus il devient un support de communication crédible pour une marque. C’est cette médiatisation cumulée, et non une seule série, qui explique la progression du sponsoring observée par SportFive.

4. Que révèlent les audiences record du Tour de France 2026 ?

Elles montrent que la visibilité du cyclisme repose d’abord sur une audience télévisée massive et fidèle, en hausse pour la course masculine comme pour la course féminine.

Le Tour de France 2026 bat un record historique

  • 45,6 millions de Français ont suivi la course au moins une minute sur France Télévisions, soit 72 % de la population âgée de 4 ans et plus, et 600 000 de plus qu’en 2025.
  • 35,1 % de part d’audience moyenne sur France 2 et France 3 l’après-midi (40,8 % pour France 2 seule).
  • 8,3 millions de téléspectateurs au pic de l’arrivée sur les Champs-Élysées, et 5,4 millions en moyenne pour l’étape de l’Alpe d’Huez.
  • 43 millions de vidéos vues sur france.tv et franceinfo (+80 % sur un an) et 260 millions de vues sur les réseaux sociaux.

Le Tour de France Femmes franchit un « cap historique »

Le Tour de France Femmes avec Zwift a suivi la même dynamique. L’édition 2026 a rassemblé 23,2 millions de téléspectateurs, avec une part d’audience moyenne de 32,9 % sur ses neuf étapes, à comparer aux 35,1 % du Tour masculin. L’étape du mont Ventoux a culminé à 5,1 millions de téléspectateurs malgré l’absence de Pauline Ferrand-Prévot, et l’épreuve a été remportée par la Néerlandaise Demi Vollering. France Télévisions parle d’un « cap historique » qui confirme « l’ancrage durable du cyclisme féminin » dans le paysage audiovisuel.

Ce socle d’audience, désormais partagé entre course masculine et course féminine, relativise l’arrêt de la série Netflix. C’est lui, plus que n’importe quel documentaire, qui justifie aux yeux des annonceurs, Groupama et Cochonou en tête, l’ampleur des investissements consentis.

2027 : les « Super Mondiaux » en Haute-Savoie

La France accueillera du 24 août au 5 septembre 2027 les championnats du monde UCI de cyclisme en Haute-Savoie : vingt championnats du monde réunis sur treize jours, 281 titres mondiaux, quelque 10 000 athlètes venus de plus de 130 nations et une audience cumulée attendue d’un milliard de téléspectateurs. L’UCI a sécurisé une diffusion étendue sur France Télévisions grâce à un accord avec l’Union européenne de radio-télévision, ce que son président David Lappartient présente comme la garantie d’une « couverture optimale ».

Pour une marque, ce calendrier confirme que la visibilité du cyclisme n’est pas un pic ponctuel mais une tendance de fond, ce qui plaide pour un engagement pluriannuel plutôt que pour une opération isolée.

5. Pourquoi l’image du coureur devient-elle un actif à part entière ?

Parce que les marques recherchent désormais des ambassadeurs incarnés, et que certains coureurs peuvent se révéler plus attractifs pour les sponsors que leur propre équipe.

Une valeur encore concentrée sur les équipes et les événements

Selon SportFive, la valorisation de l’image dans le cyclisme reste aujourd’hui très concentrée sur les équipes et les grands événements, et beaucoup moins sur les personnalités individuelles. C’est précisément là que se situe le potentiel de croissance.

Paul Seixas, symbole d’une nouvelle génération

Maxime Lebessou cite le Français Paul Seixas comme l’exemple d’une génération de coureurs à fort potentiel de marque, capables dans certains cas d’attirer davantage les sponsors que leur équipe. Quatrième du Tour de France 2026 à seulement 19 ans, il a confié à SportFive la gestion de son marketing et de ses partenariats commerciaux.

Les ingrédients d’une marque personnelle

Un public qui découvre un visage, un caractère et une histoire, des réseaux sociaux qui permettent au coureur de fédérer directement sa communauté, des marques qui cherchent des ambassadeurs plutôt que de simples panneaux publicitaires roulants : tous les éléments sont réunis pour que l’image individuelle du sportif devienne un actif à part entière.

Comme tout actif, cette image gagne à être structurée dès les premiers contrats, qu’il s’agisse des contrats d’image, du choix entre nom propre et société ou de la fiscalité des revenus de sponsoring. C’est le rôle de notre pôle Sport & Carrières, qui accompagne les sportifs professionnels à chaque étape de leur carrière.

En résumé

Pourquoi les marques sponsorisent-elles le cyclisme ?

Parce que le cyclisme combine une audience massive (45,6 millions de Français devant le Tour de France 2026), un public aux revenus élevés et réceptif aux partenaires (68 % des fans jugent le sponsoring positif ou approprié) et une visibilité garantie : l’équipe porte le nom de son sponsor-titre dans chaque classement et chaque commentaire.

Le sponsoring cycliste est-il en croissance ?

Oui. Selon SportFive, les investissements de sponsoring dans le cyclisme ont progressé de 19 % en dix ans, dont 26 % sur la seule année 2023. Le WorldTour 2026 compte 46 sponsors-titres et 516 partenaires, et les grands contrats se chiffrent désormais en millions d’euros.

Quelle est la différence entre sponsoring et mécénat sportif ?

Le sponsoring est un contrat commercial : la marque obtient de la visibilité et la dépense est déductible de son résultat. Le mécénat est un don assorti de contreparties limitées (25 % du don au maximum) qui ouvre droit à une réduction d’impôt de 60 % pour une entreprise. Les deux sont cumulables pour un même sportif.

La série Netflix sur le Tour de France existe-t-elle encore ?

Non. Netflix a annoncé en février 2025 l’arrêt de Tour de France : Unchained après trois saisons. La série a élargi l’audience internationale du cyclisme, mais ses audiences en France ont déçu.

Combien de téléspectateurs ont regardé le Tour de France 2026 ?

45,6 millions de Français ont suivi le Tour de France 2026 au moins une minute sur France Télévisions, soit 72 % des 4 ans et plus. C’est un record historique, avec un pic de 8,3 millions de téléspectateurs lors de l’arrivée sur les Champs-Élysées.

Comment sont imposés les revenus de droit à l’image d’un coureur cycliste ?

Cela dépend de la manière dont ils sont perçus. En nom propre, les revenus de sponsoring et d’image relèvent en principe des bénéfices non commerciaux (BNC). Perçus par une société, ils sont soumis à l’impôt sur les sociétés, puis à l’imposition de la rémunération ou des dividendes versés au coureur. Le salaire versé par l’équipe suit, lui, le régime des traitements et salaires.

Un coureur cycliste doit-il créer une société pour gérer son image ?

Pas systématiquement. Une société d’image ou une holding devient pertinente lorsque les revenus d’image sont significatifs et durables. Elle doit avoir une réalité économique (contrats, flux, rémunération cohérente) pour éviter une requalification fiscale. Seul un arbitrage chiffré, au cas par cas, permet de trancher.

Pourquoi faire appel à un expert-comptable spécialisé dans le sport ?

Parce qu’un sportif professionnel cumule souvent des revenus multiples, irréguliers et parfois internationaux (salaire, primes, prize money, sponsoring, image). Un expert-comptable spécialisé sécurise les déclarations, structure les revenus, protège le patrimoine et prépare l’après-carrière. C’est le rôle du pôle Sport & Carrières de Comet Expertise.

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