Embaucher un salarié étranger : qu’est-ce qui change avec le décret du 26 octobre 2026 ?
Par Romain Lecointre, Responsable Social & Paie
Depuis le 30 octobre 2026, le décret n° 2026-1001 du 26 octobre 2026 assouplit plusieurs règles d’emploi des travailleurs étrangers. Une rupture du contrat ne peut plus justifier le refus du premier renouvellement de l’autorisation de travail que si elle intervient dans les six mois suivant l’embauche, contre douze auparavant. Les préfectures doivent aussi se prononcer en 90 jours sur un dossier complet, les détachements intragroupe sont conditionnés à un salaire de référence, certains salariés d’entreprises britanniques sont dispensés d’autorisation et la carte « talent – carte bleue européenne » gagne en souplesse. Pour l’employeur, le devoir de vérification avant chaque embauche reste entier.
Plan de l’article.
- Que change le décret du 26 octobre 2026, en un coup d’œil ?
- Un salarié étranger peut-il changer d’employeur plus facilement ?
- Quel salaire minimum pour un détachement intragroupe (ICT) ?
- Combien de temps la préfecture a-t-elle pour répondre ?
- Un salarié d’une entreprise britannique peut-il être détaché en France sans autorisation de travail ?
- Qu’est-ce qui change pour la carte « talent – carte bleue européenne » ?
- Quelles précautions prendre avant d’embaucher un salarié étranger ?
- En résumé
- FAQ
1. Que change le décret du 26 octobre 2026, en un coup d’œil ?
Le décret n° 2026-1001, publié au Journal officiel du 29 octobre 2026, s’applique depuis le 30 octobre. Il modifie à la fois le Code du travail et le Code de l’entrée et du séjour des étrangers (CESEDA), pour rapprocher le droit français des règles européennes sur le permis unique et les travailleurs hautement qualifiés.
Les principales mesures du décret
| Sujet | Depuis le 30 octobre 2026 |
| Premier renouvellement de l’autorisation de travail | La rupture du contrat n’est examinée que sur les 6 mois suivant l’embauche, au lieu de 12 |
| Carte « travailleur temporaire » | Séjour maintenu 3 mois en cas de perte d’emploi subie et 3 mois de plus en cas de conditions de travail pénalement répréhensibles |
| Cartes de mobilité intragroupe (ICT) | Salaire au moins égal au salaire brut moyen annuel de référence, soit 39 582 € bruts à ce jour |
| Délai d’instruction des cartes de séjour | 90 jours après le dépôt d’un dossier complet, au lieu de 4 mois, prolongeables de 30 jours |
| Salariés détachés par un employeur britannique | Dispense d’autorisation de travail sous conditions, pour 12 mois cumulés au maximum |
| Carte « talent – carte bleue européenne » | Durée de validité précisée, mobilité possible après 12 mois dans un autre État membre, au moins 6 mois pour retrouver un emploi si l’employeur est en faute |
2. Un salarié étranger peut-il changer d’employeur plus facilement ?
En partie. Quitter son poste pèse moins lourd lors du premier renouvellement de l’autorisation de travail mais chaque nouveau contrat reste soumis à autorisation lorsque le titre du salarié l’exige.
Une période de référence ramenée de 12 à 6 mois
Au moment du premier renouvellement, l’administration peut refuser l’autorisation de travail si le contrat a été rompu peu de temps après l’embauche. Cette période sensible passe de douze à six mois : une rupture intervenue plus tard ne peut plus, à elle seule, motiver un refus.
Deux situations échappent à cette règle, même dans les six premiers mois :
Attention : une autorisation pour chaque nouveau contrat
Ce délai raccourci n’ouvre pas pour autant un droit de changer librement d’employeur. Pour les salariés dont le titre l’impose, tout nouveau contrat de travail donne toujours lieu à une demande d’autorisation, déposée par l’employeur. Avant de recruter un salarié étranger qui quitte un autre poste, vérifiez donc la mention exacte de son titre de séjour.
Carte « travailleur temporaire » : un séjour maintenu en cas de perte d’emploi
Le titulaire d’une carte « travailleur temporaire » qui perd son emploi malgré lui conserve son droit au séjour pendant trois mois. Ce délai est porté à six mois lorsqu’il a été soumis à des conditions de travail constitutives d’une infraction pénale. S’il retrouve un employeur entre-temps, il peut rester en France pendant l’instruction de la nouvelle demande d’autorisation.
3. Quel salaire minimum pour un détachement intragroupe (ICT) ?
Les cartes liées à une mobilité intragroupe, dites ICT (pour intra-corporate transfer), exigent désormais une rémunération au moins égale au salaire brut moyen annuel de référence. Ce montant, fixé par arrêté, s’élève à 39 582 € bruts par an à ce jour. Sont notamment concernées les cartes « salarié détaché ICT » et « stagiaire ICT ».
Le conseil Comet Expertise
Si vous faites venir un collaborateur d’une filiale étrangère, intégrez ce seuil dès la construction de sa rémunération. En dessous, la carte ne pourra pas être délivrée.
4. Combien de temps la préfecture a-t-elle pour répondre ?
En principe 90 jours, contre quatre mois auparavant, à compter du dépôt d’une demande complète de carte de séjour. Ce délai peut être allongé de 30 jours si le dossier présente une complexité particulière, et le demandeur en est alors informé.
Le délai ne court qu’à partir d’un dossier complet : une pièce manquante repousse d’autant la décision. Certains titres suivent par ailleurs leurs propres règles.
Attention : l’absence de réponse ne vaut pas accord
Si la préfecture ne s’est pas prononcée dans le délai, la demande ne peut pas être considérée comme acceptée. Mieux vaut donc anticiper les recrutements comme les renouvellements de titres.
5. Un salarié d’une entreprise britannique peut-il être détaché en France sans autorisation de travail ?
Oui, sous conditions strictes. Certains salariés d’un employeur établi au Royaume-Uni n’ont plus besoin d’autorisation de travail lorsqu’ils sont détachés en France pour exécuter une prestation de services prévue par contrat. Cette dispense joue pendant 12 mois cumulés au maximum.
Le salarié doit remplir toutes les conditions suivantes :
Attention : un arrêté encore attendu
Les secteurs ouverts à cette dispense doivent encore être fixés par un arrêté, qui n’est pas publié à ce jour. Tant qu’il n’est pas paru, faites valider votre situation avant de vous en prévaloir.
6. Qu’est-ce qui change pour la carte « talent – carte bleue européenne » ?
Cette carte s’adresse aux salariés hautement qualifiés. Le décret précise sa durée de validité, facilite l’arrivée de ses titulaires depuis un autre pays de l’Union européenne et protège mieux le salarié lorsque son employeur est en faute.
Une durée de validité calée sur le contrat
Une mobilité facilitée depuis un autre État membre
Le titulaire d’une carte bleue européenne délivrée par un autre pays de l’Union peut désormais s’installer en France après 12 mois de séjour dans ce pays, contre 18 jusqu’ici. À partir de sa deuxième mobilité, six mois suffisent.
Au moins six mois pour retrouver un emploi si l’employeur est en faute
Lorsque le préfet envisage de refuser le renouvellement de la carte parce que l’employeur n’a pas respecté ses obligations légales, il doit d’abord en avertir le salarié. Celui-ci dispose alors d’au moins six mois pour chercher un nouveau poste, voire davantage si ses droits à l’allocation chômage courent plus longtemps.
7. Quelles précautions prendre avant d’embaucher un salarié étranger ?
Ces assouplissements ne réduisent en rien les obligations de l’employeur. Employer un salarié étranger sans titre l’autorisant à travailler expose l’entreprise à de lourdes sanctions administratives et pénales, appliquées pour chaque salarié concerné. Chaque recrutement mérite donc un examen au cas par cas.
Les vérifications à faire avant chaque embauche
- Lire attentivement le titre de séjour : sa mention indique si le salarié peut travailler, et dans quelles limites.
- Demander l’autorisation de travail lorsque le titre l’exige. La démarche revient à l’employeur et se fait en ligne.
- Faire vérifier l’authenticité du titre auprès de la préfecture, au moins deux jours ouvrables avant la date d’embauche.
- Contrôler la rémunération en cas de mobilité intragroupe, au regard du seuil de référence.
- Suivre la date d’échéance du titre et reporter son type et son numéro sur le registre unique du personnel, pour anticiper le renouvellement.
En résumé
FAQ
Le décret n° 2026-1001 du 26 octobre 2026 a été publié au Journal officiel du 29 octobre 2026. Il s’applique depuis le 30 octobre 2026.
Une rupture du contrat après six mois ne peut plus, à elle seule, justifier le refus du premier renouvellement de son autorisation de travail. Si son titre l’exige, le nouvel employeur doit toutefois obtenir une autorisation de travail avant l’embauche.
Sauf exception, 90 jours à compter du dépôt d’un dossier complet. Ce délai peut être prolongé de 30 jours pour un dossier particulièrement complexe et le demandeur en est informé.
Au moins le salaire brut moyen annuel de référence fixé par arrêté, soit 39 582 € bruts par an à ce jour. La même condition vaut pour la carte « stagiaire ICT ».
Pour un contrat d’au moins deux ans, elle couvre la durée du contrat dans la limite de quatre ans. Pour un contrat plus court, elle couvre la durée du contrat plus trois mois, dans la limite de deux ans.
Pas toujours. Certains en sont dispensés pour une prestation contractuelle, dans la limite de 12 mois cumulés, s’ils remplissent des conditions d’ancienneté, d’expérience et de diplôme. Les secteurs concernés doivent encore être fixés par arrêté.
Des sanctions administratives et pénales, appliquées pour chaque salarié concerné. D’où l’intérêt de vérifier le titre de séjour et de déposer les demandes nécessaires avant toute embauche.
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